J’ai avalé un arc-en-ciel a obtenu le prix 15/17 de la Foire du Livre de Brive.

Édition grand format
NATHAN (2017)

Édition poche
POCKET JEUNESSE (2022)

« Un roman pétillant, lumineux, intelligent, simplement brilliant  ! »

unejeuneanonymenevrosee.blogspot.fr

« C’est vif, enlevé, cocasse et ça touche droit au cœur ! »

lavoixdulivre.fr

« Ce texte est beau, plein d’émotions et de sensibilité. »

librairie Le point de côté (Suresnes)

L’Origine

Un samedi matin à la fin du mois d’août 2011, j’ai entassé tout ce que je possédais dans ma voiture, prêt pour un road trip de seize heures à travers l’Illinois, l’Indiana, l’Ohio, la Virginie-Occidentale et la Pennsylvanie en direction du Delaware, un État dont je ne connaissais rien et où je n’avais jamais prévu de me rendre un jour. Je venais d’obtenir un master en lettres, et mon visa étudiant arrivait à expiration. Si je voulais continuer mon aventure américaine, je devais d’urgence trouver une école pour m’embaucher comme prof. Une prestigieuse college prep à côté de Philadelphie venait de m’inviter à donner un cours à ses élèves pour faire la preuve que je méritais le précieux sésame que j’espérais. Une chance rare, seulement le pari était risqué: cette fameuse college prep se trouvait à 1 300 kilomètres et me semblait trop huppée pour embaucher un novice tel que moi, sans compter que je n’étais pas le seul postulant invité sur le campus. Avec la poignée de jours qu’il me restait sur le territoire, si j’échouais à remporter la mise, je devrais quitter le pays en laissant ma voiture, ma raquette de badminton et mes casseroles au premier Delawarien qui passerait par là ! Mais parfois, quand on n’a presque plus de jetons, faire tapis est la seule façon de se refaire.

Trois ans plus tard, c’est le printemps dans le Delaware. Comme à chaque printemps, les azalées et les pétunias éclosent, les ornithologues attendent le retour de centaines d’espèces d’oiseaux, et les premières anecdotes sur Assassins circulent sur le campus de la college prep que j’arpente désormais tous les jours avec joie parmi quelques centaines d’élèves en uniforme. Jusque-là, je n’ai jamais beaucoup prêté attention à Assassins, un jeu dont j’ai vaguement entendu parler sans bien comprendre de quoi il s’agit. Mais cette année, c’est différent. Les seniors qui vont jouer, je les connais bien, je les vois grandir depuis trois ans, alors quand ils parlent de s’assassiner les uns les autres avec des pistolets à eau pendant plusieurs semaines, avec des pièges et des stratégies diaboliques, j’écoute ! En guise d’échauffement en classe, je leur demande même de me raconter les derniers potins du jeu au début de chaque cours, et en français s’il vous plaît. Qui a brillamment manigancé ? Qui a trahi un pote ? Qui s’est fait tirer les oreilles par une maman colérique parce qu’il se cachait dans son jardin ? C’est à cette époque-là, à l’écoute de récits palpitants colorés par un accent so cute et ponctués d’éclats de rire, que l’idée d’en faire une histoire germe dans ma tête. J’imagine un roman sur Assassins, sorte de Hunger Games comique où les meurtres sont commis dans la joie et la bonne humeur. Et puis je me dis qu’il faudrait aussi parler des messes. Et des tag days. Et des points, et des roses, et de MORP, et pourquoi pas raconter aussi le jour où la brigade de déminage s’est posée en hélicoptère sur le terrain de baseball ? Mon livre sur le jeu devient un livre sur cette college prep qui m’enchante, pour tout ce qu’elle est que mon lycée en France n’était pas.

Très vite, coller à la réalité devient mon obsession. Inventer une histoire, certes, mais l’imbiber de réel pour faire de ce roman le témoignage d’un lieu et d’une époque. Je commence à prendre des notes et je multiplie les questions aux élèves pour mieux comprendre leur univers. Pour ça, je dois nouer avec eux un lien nouveau, troquant mon costume de prof contre celui d’auteur curieux. Mes sujets d’étude y trouvent, pour la plupart, un grand intérêt, ravis qu’un adulte s’intéresse à leur quotidien et à leurs opinions sans jamais les juger ni leur faire la morale. Bientôt, la rumeur se chuchote à la bibliothèque, dans le manoir, sur le terrain de lacrosse ou sur les bancs du quad entre deux parties de frisbee : «Monsieur is writing a book! A book about us!» Une rumeur qui amuse autant les élèves qu’elle inquiète la direction, qui se demande bien ce que contiendra ce mystérieux livre.

Je déjeune parfois avec les élèves à la cafétéria, dégustant leurs confidences pendant qu’à travers les vitres de la salle à manger des profs, quelques collègues incrédules me jettent des regards réprobateurs. Les garçons me parlent des filles, les filles me parlent des garçons, les filles me parlent des filles et moi je découvre un éco-système qui m’avait complètement échappé. Quelques personnes deviendront plus tard des personnages du livre : Vaneck et son nœud papillon, Raylin et son futur à Harvard, JM et son physique d’Apollon, Eugene et ses phrases qui mettent mal à l’aise, James et Naomi et leur nom de famille identique, Detention Man et son abonnement aux colles. Certains s’amusent d’obtenir un alter ego de papier, puis pestent quand ils comprennent que s’ils veulent le découvrir, il leur faudra affronter la langue française.

Bien sûr, au milieu de toute cette réalité, il me faut maintenant une histoire à raconter, et surtout quelqu’un pour la raconter. Puce commence à poindre dans mon imagination. Elle est issue de mon propre esprit et de bien des façons, elle est mon alter ego de papier, mais contrairement à moi c’est aussi une fille, une ado, et une Américaine, alors je forme un groupe de quelques jeunes filles dont certains traits de caractère « puciens » m’aideront à ébaucher le personnage que j’ai en tête. Avec patience et fidélité, pendant des mois, elles m’aident à comprendre comment elles pensent et pourquoi elles pensent ainsi.

Lors de la remise des diplômes à la fin de l’année, je fais partie des profs qui s’alignent face aux seniors sur le quad afin de leur dire au revoir et bonne chance. Sauf que cette fois, c’est aussi à moi qu’on dit au revoir. Après trois années dans cette bulle merveilleuse, il me faut tenter un nouveau coup de poker : rentrer en France pour mettre en forme la montagne de notes que j’ai accumulées en espérant la faire publier. Ce manuscrit, initialement intitulé Blog, évoluera au fil des mois grâce à Puce et Aiden pour finalement adopter le titre J’ai avalé un arc- en-ciel.

Extrait de la postface de J’ai avalé un arc-en-ciel version poche (PKJ), 2022

Un lycée qu’on déteste et qu’on adore ● Un chien de prairie ● Des braqueurs de branque ● Un alchimiste ● Un caillou violet inventé de toutes pièces● Un faux procès ● Une fausse fin du monde ● De vraies larmes ● Un mot interdit ● Des fromages en étoile ● Un esprit polonais accordant un vœu ● Une ruse à goût de réglisse ● De la poudre de fée ● Un éléphant dans un abri anti-atomique ● Des petits bonhommes trompettistes ● Une abeille zombie ● Un ami qui boit Jésus ● Un fée souris ● Un cœur du côté droit ● Des branches de gui qui changent une vie ● Des croix en cendres sur des fonts ● Un duel au coucher du soleil ● Un baiser dans un château de sable ● Une lune au fond d’un puits